Nathalie Kosciusko-Morizet présente jeudi son plan de prévention face aux submersions maritimes. Objectif : mieux protéger le littoral français et préparer les populations en cas de nouvelles intempéries.

Un an après Xynthia, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'Écologie, doit présenter jeudi matin un «plan de prévention contre les submersions rapides» censé définir les risques encourus par le littoral en cas de nouvelle tempête et recenser les digues restaurées ou construites pour y faire face. La catastrophe avait touché la côte ouest dans la nuit du 27 au 28 février 2010. Rare, l'épisode météorologique - des vents violents combinés à une forte marée et une dépression atmosphérique - avait bien été annoncé, mais son ampleur n'avait pu être prédite. Avançant dans les terres, parfois sur plusieurs kilomètres, la mer avait noyé des lotissements entiers en Vendée et en Charente-Maritime. Bilan de ces heures cauchemardesques : 47 morts. En majorité des personnes surprises dans la nuit par la montée des eaux.

«Les familles de victimes ont prévu de se réunir le 6 mars, car elles ne souhaitent pas s'associer à la cérémonie officielle», indique Renaud Pinoit, porte-parole de l'association des familles de victimes de La Faute-sur-Mer. Dans ce village où 29 personnes sont mortes, la présence du maire n'est pas souhaitée lors de la commémoration. Au lendemain de Xynthia, les habitants ont ouvert les yeux sur la frénésie immobilière qui avait conduit le conseil municipal à accorder des permis de construire sur d'anciens marais sans tenir compte des alertes de la préfecture. La mairie a fait l'objet d'une perquisition dans le cadre de l'instruction ouverte aux Sables-d'Olonne pour homicides involontaires, mise en danger de la vie d'autrui et prise illégale d'intérêts.

«La plupart des sinistrés sont aujourd'hui encore pris dans les difficultés, témoigne Renaud Pinoit. Certains bataillent avec l'État, les assurances, les experts… D'autres, relogés, se sentent déracinés et ont le plus grand mal à tourner la page. Et l'angoisse, en cas de marée ou de coup de vent, est très présente.» Ces derniers mois, Vendée et Charente-Maritime ont en outre vécu au rythme des annonces - et des contre-annonces - du gouvernement. Les «zones noires», où toute maison devait être rasée, sont ainsi devenues, quelques semaines plus tard, des «zones de solidarité» au périmètre réduit. Mais l'indignation a fait place à la résignation et la plupart des propriétaires se sont décidés à vendre. À ce jour, l'État a acquis 876 maisons. Les premières démolitions sont prévues en mars, dans un quartier de La Faute-sur-Mer désormais fantôme. En tout, 225 millions d'euros ont déjà été dépensés dans cette vaste opération de mise en sécurité. Dernier acte, la procédure d'expropriation visant à déloger les réfractaires devrait être lancée cet été.

Des terres agricoles impraticables

Des millions d'euros ont été débloqués pour consolider et reconstruire les digues en urgence, soutenir les agriculteurs et l'activité économique, aider les sinistrés. Un an plus tard, 30 % des terres agricoles noyées sont toujours impraticables. «Certaines exploitations risquent la faillite en 2011», redoute Antoine Priouzeau, membre de la chambre d'agriculture de Vendée. Et les habitants de La Faute-sur-Mer et de L'Aiguillon attendent encore avec appréhension l'adoption du plan qui prévoit de classer une grande partie de ces villages en zone rouge.